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Télécharger Soumission en pdf de Michel Houellebecq. Soumissio est un roman de Michel Houellebecq, paru le 7 janvier aux éditions Flammarion. 7 avr. Dans une France assez proche de la nôtre, un homme s'engage dans la carrière universitaire. peu motivé par l'enseignement, il s'attend à une. (Télécharger) Soumission pdf de Michel Houellebecq l'an dernier, Soumission, de Michel Houellebecq, est un roman que je trouve intéressant et pertinent, et.

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Elles lui prodiguaient pour l'enivrer les plus affolantes agaceries, le tout étant perpétré dans un esprit d'amitié et de complicité féminines. Les médias avaient réalisé quelques reportages choc deux ans auparavant, quand s'étaient produits les premiers affrontements armés, mais on en parlait de moins en moins maintenant, tout ça semblait s'être banalisé. Die aberwitzige Geschichte der jungen Afrikanerin Nombeko, die zwar nicht lesen kann, aber ein Rechengenie ist, fast zufällig bei der Konstruktion nuklearer Sprengköpfe mithilft und nebenbei Verhandlungen mit den Mächtigen der Welt führt. Il devrait dire aussi comment il aida le commissaire Jasselin à élucider une atroce affaire criminelle, dont la terrifiante mise en scène marqua durablement les équipes de police. Du moins,

18 nov. Télécharger Livre Soumission (PDF - ePub Mobi) De Michel Houellebecq Dans une France assez proche de la nôtre, un homme s'engage. COM Michel Houellebecq Soumission. Topics: frenchpdf. Collection: opensource . Par: atiza.info Identifier: FRENCHPDF. 3 nov. Nom original: Houellebecq, Michel - atiza.info x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue fois. Taille du.

Un soir, une inconnue à la bouche hardie lui fait entrevoir la possibilité pratique du bonheur. Par leur parcours familial et sentimental chaotique, les deux demi-frères illustrent de manière exemplaire la société d'aujourd'hui et la quête complexe de l'amour vrai. December 13, les-particules-elementaires. Qu'est-ce qu'un bon lien pour télécharger Plateforme? Où télécharger ePub Plateforme par Michel Houellebecq gratuitement?. Peut-être que vous pouvez obtenir Plateforme le livre gratuitement.

Plateforme Michel Houellebecq Flammarion Mon père est mort il y a un an. Je ne crois pas à cette théorie selon laquelle on devient réellement adulte à la mort de ses parents ; on ne devient jamais réellement adulte. Devant le cercueil du vieillard, des pensées déplaisantes me sont venues. Il avait profité de la vie, le vieux salaud ; il s'était démerdé comme un chef.

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T'as eu des gosses, mon con Enfin j'étais un peu tendu, c'est certain ; ce n'est pas tous les jours qu'on a des morts dans sa famille. J'avais refusé de voir le cadavre. J'ai quarante ans, j'ai déjà eu l'occasion de voir des cadavres ; maintenant, je préfère éviter. C'est ce qui m'a toujours retenu d'acheter un animal domestique. Je ne me suis pas marié, non plus.

J'en ai eu l'occasion, plusieurs fois ; mais à chaque fois j'ai décliné. Pourtant, j'aime bien les femmes. C'est un peu un regret, dans ma vie, le célibat. C'est surtout gênant pour les vacances, Les gens se méfient des hommes seuls en vacances, à partir d'un certain âge : ils supposent chez eux beaucoup d'égoïsme et sans doute un peu de vice ; je ne peux pas leur donner tort. December 3, Je ne pouvais, contrairement à elles, m'en ouvrir à personne, car les conversations sur la vie intime ne font pas partie des sujets considérés comme admissibles dans la société des hommes : ils parleront de politique, de littérature, de marchés financiers ou de sports, conformément à leur nature ; sur leur vie amoureuse ils garderont le silence, et cela jusqu'à leur dernier souffle.

Étais-je, vieillissant, victime d'une sorte d'andropause? Le résultat fut, d'entrée de jeu, extrêmement rassurant. Youporn répondait aux fantasmes des hommes normaux, répartis à la surface de la planète, et j'étais, cela se confirma dès les premières minutes, un homme d'une normalité absolue.

Ce n'était après tout pas évident, j'avais consacré une grande partie de ma vie à l'étude d'un auteur souvent considéré comme une sorte de décadent, dont la sexualité n'était de ce fait pas un sujet très clair. Eh bien, je sortis tout à fait rasséréné de l'épreuve. Ces vidéos tantôt magnifiques tournées avec une équipe de Los Angeles, il y avait une équipe, un éclairagiste, des machinistes et des cadreurs , tantôt minables mais vintage les amateurs allemands reposaient sur quelques scénarios identiques et agréables.

Dans l'un des plus répandus, un homme jeune? Deux jeunes femmes de race variable s'avisaient de cette incongruité, et n'avaient dès lors de cesse de libérer l'organe de son abri temporaire. Elles lui prodiguaient pour l'enivrer les plus affolantes agaceries, le tout étant perpétré dans un esprit d'amitié et de complicité féminines.

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Le pénis passait d'une bouche à l'autre, les langues se croisaient comme se croisent les vols des hirondelles, légèrement inquiètes, dans le ciel sombre du Sud de la Seine-et-Marne, alors qu'elles s'apprêtent à quitter l'Europe pour leur pèlerinage d'hiver.

Depuis que j'avais été nommé professeur, mes horaires de cours réduits m'avaient permis de regrouper l'ensemble de mes tâches universitaires sur la journée du mercredi.

Cela commençait, de huit à dix heures, par un cours sur la littérature du XIXe siècle que je donnais aux étudiants de deuxième année — dans le même temps, Steve donnait, dans un amphithéâtre voisin, un cours analogue à ceux de première année.

De onze à treize heures, j'assurais le cours de mastère 2 sur les décadents et les symbolistes. Puis, entre quinze et dix-huit heures, j'animais un séminaire où je répondais aux questions des doctorants.

Dès leur arrivée, elles allumaient leur smartphone pour enregistrer l'intégralité de mon cours, ce qui ne les empêchait pas de prendre des notes sur de grands cahiers 21 x 29,7 à spirale.

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Elles ne m'interrompaient jamais, ne posaient aucune question, et les deux heures passaient sans me donner l'impression d'avoir véritablement commencé. À la sortie de mon cours je rencontrais Steve, qui avait eu une assistance comparable — à ceci près que les Chinoises étaient remplacées dans son cas par un groupe de Maghrébines voilées, mais tout aussi sérieuses, aussi impénétrables.

Il me proposait presque toujours d'aller prendre un verre — généralement un thé à la menthe à la grande mosquée de Paris, qui était située à quelques rues de la fac. Je n'aimais pas le thé à la menthe, ni la grande mosquée de Paris, je n'aimais pas non plus tellement Steve, je l'accompagnais pourtant. La carrière universitaire plus qu'honorable de Steve était uniquement due, toujours selon Marie-Françoise, à ce qu'il broutait le minou de la mère Delouze.

C'était possible, quoique surprenant. Vrai ou faux je ne pouvais m'empêcher d'y songer, ce matin-là, dans le patio du salon de thé de la grande mosquée de Paris, en le regardant téter sa dégoûtante chicha aromatisée à la pomme. Sa conversation portait, comme de coutume, sur les nominations et les évolutions de carrière au sein de la hiérarchie universitaire, je ne crois pas qu'il ait jamais abordé de lui-même un autre sujet. J'allumai une cigarette pour gagner du temps, tout en me demandant ce que ça pouvait bien lui foutre.

L'idée me traversa même un instant l'esprit que l'homme de gauche se réveillait en lui, puis je me raisonnai : l'homme de gauche était profondément endormi en Steve, et aucun événement de moindre importance qu'un glissement politique des instances dirigeantes de l'Université française n'aurait été en mesure de le sortir de son sommeil.

C'était peut-être un signe, poursuivit-il, d'autant qu'Amar Rezki, connu pour ses travaux sur les auteurs antisémites du début du XXe siècle, venait d'être nommé professeur. Par ailleurs, insista-t-il, la conférence des présidents d'université s'était récemment associée à une opération de boycott des échanges avec les chercheurs israéliens, initiée au départ par un groupe d'universités anglaises.

Profitant de ce qu'il se concentrait sur sa chicha, qui tirait mal, je consultai discrètement ma montre et constatai qu'il n'était que dix heures et demie, je pouvais difficilement arguer de l'imminence de mon second cours pour prendre congé, puis une idée me vint pour relancer la conversation sans grands risques : depuis quelques semaines on reparlait d'un projet vieux d'au moins quatre ou cinq ans concernant l'implantation d'une réplique de la Sorbonne à Dubaï ou au Bahrein?

Un projet similaire était à l'étude avec Oxford, l'ancienneté de nos deux universités avait dû séduire une pétromonarchie quelconque. Dans cette perspective, certainement prometteuse d'opportunités financières réelles pour un jeune maître de conférences, envisageait-il de se mettre sur les rangs en affichant des positions antisionistes? Et pensait-il que j'avais intérêt à adopter la même attitude? Je jetai à Steve un regard brutalement inquisiteur — ce garçon n'était pas d'une grande intelligence, il était facile de le déstabiliser, mon regard eut un effet rapide.

J'avais bien entendu été amené à parler de lui, à l'occasion de mes recherches sur Huysmans, et à comparer leur utilisation de la langue, dans mon seul ouvrage publié, Vertiges des néologismes — sans doute le sommet de mes efforts intellectuels terrestres, qui avait obtenu en tout cas d'excellentes critiques dans Poétique et dans Romantisme, et auquel je devais probablement ma nomination au grade de professeur.

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De fait, une grande partie des mots étranges que l'on trouve chez Huysmans n'étaient pas des néologismes, mais des mots rares empruntés au vocabulaire spécifique de certaines corporations artisanales, ou à certains patois régionaux.

Dès le début, Bloy m'était apparu en effet comme le prototype du catholique mauvais, dont la foi et l'enthousiasme ne s'exaltent vraiment que lorsqu'il peut considérer ses interlocuteurs comme damnés. J'avais pourtant, du temps que j'écrivais ma thèse, été en contact avec différents cercles catho-royalistes de gauche, qui divinisaient Bloy et Bernanos, et me faisaient miroiter telle ou telle lettre manuscrite, avant de m'apercevoir qu'ils n'avaient rien, absolument rien à m'offrir, aucun document que je ne puisse aisément trouver par moimême dans les archives normalement accessibles au public universitaire.

Devant la porte de ma salle de cours — j'avais prévu ce jour-là de parler de Jean Lorrain — trois types d'une vingtaine d'années, deux Arabes et un Noir, bloquaient l'entrée, aujourd'hui ils n'étaient pas armés et avaient l'air plutôt calmes, il n'y avait rien de menaçant dans leur attitude, il n'empêche qu'ils obligeaient à traverser leur groupe pour entrer dans la salle, il me fallait intervenir.

Je m'arrêtai en face d'eux : ils devaient certainement avoir pour consigne d'éviter les provocations, de traiter avec respect les enseignants de la fac, enfin je l'espérais. Ce fut le Noir qui me répondit, avec un grand sourire.

Trois pas plus loin, il se retourna vers moi. Je ne sais pas à quoi je m'attendais au juste, il y avait eu des rumeurs d'agressions d'enseignants à Mulhouse, à Strasbourg, à Aix-Marseille et à Saint-Denis, mais je n'avais jamais rencontré de collègue agressé et au fond je n'y croyais pas vraiment, d'après Steve un accord avait d'ailleurs été conclu entre les mouvements de jeunes salafistes et les autorités universitaires, il en voyait pour preuve que les voyous et les dealers avaient complètement disparu, depuis deux ans déjà, des abords de la fac.

L'accord comportait-il une clause interdisant l'accès de la fac aux organisations juives? Là encore ce n'était qu'un bruit, difficilement vérifiable, mais le fait est que l'Union des étudiants juifs de France n'était plus représentée, depuis la dernière rentrée, sur aucun campus de la région parisienne, alors que la section jeunesse de la Fraternité musulmane avait, un peu partout, multiplié ses antennes.

Sortant de mon cours en quoi les deux vierges en burqa pouvaient-elles être intéressées par Jean Lorrain, ce pédé dégoûtant, qui se proclamait lui-même enfilanthrope? Ma journée serait, décidément, sociale.

J'aimais bien cette divertissante vieille peste, assoiffée de ragots à l'extrême ; son ancienneté en tant que professeur, sa position dans certains comités consultatifs donnaient à ses ragots davantage de poids, et de teneur, qu'à ceux qui pouvaient parvenir à l'insignifiant Steve.

Elle opta pour un restaurant marocain de la rue Monge — ce serait, également, une journée hallal. La mère Delouze, attaqua-t-elle au moment où le serveur apportait nos plats, était sur un siège éjectable. Le Conseil national des universités, qui se réunissait début juin, allait très probablement nommer Robert Rediger en remplacement.

Je jetai un bref regard à mon tagine agneau — artichauts avant de tenter, à tout hasard, un haussement de sourcils surpris. Mon tagine avait quand même eu le temps de refroidir un peu, c'était dommage. Les élections, pour quoi faire? Qu'est-ce que ça peut y changer? Mon après-midi de TD fut épuisant, les doctorants dans l'ensemble étaient épuisants, pour eux il commençait à y avoir un enjeu et pour moi plus du tout, à part choisir le plat indien que je ferais réchauffer au micro-ondes le soir Chicken Biryani?

Chicken Tikka Masala? Chicken Rogan Josh? L'histoire littéraire a en général été dure avec l'école naturaliste, Huysmans a été encensé pour avoir secoué son joug, l'article de Maupassant est pourtant bien plus profond et plus sensible que celui que Bloy écrivait à la même époque dans Le chat noir. J'exposai ces idées dans un bref article pour le Journal des dix-neuvièmistes, ce qui m'apporta une distraction de quelques jours, bien supérieure à celle offerte par la campagne électorale, mais ne m'empêcha pas le moins du monde de repenser à Myriam.

Elle avait dû être une ravissante petite gothique, au temps pas si lointain de son adolescence, avant de devenir une jeune fille plutôt classe avec ses cheveux noirs coupés au carré, sa peau très blanche, ses yeux sombres ; classe mais sobrement sexy ; et, surtout, les promesses de son érotisme discret étaient bien davantage que tenues.

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L'amour chez l'homme n'est rien d'autre que la reconnaissance pour le plaisir donné, et jamais personne ne m'avait donné autant de plaisir que Myriam. Elle pouvait contracter sa chatte à volonté tantôt doucement, par lentes pressions irrésistibles, tantôt par petites secousses vives et mutines ; elle tortillait son petit cul avec une grâce infinie avant de me l'offrir.

Quant à ses fellations, je n'avais jamais rien connu de semblable, elle abordait chaque fellation comme si c'était la première, et que ce devait être la dernière de sa vie.

Chacune de ses fellations aurait suffi à justifier la vie d'un homme. Je finis par l'appeler, après avoir encore tergiversé quelques jours ; nous convînmes de nous voir le soir même. On continue de tutoyer ses anciennes copines, c'est la coutume, mais on remplace le baiser par la bise.

Myriam portait une jupe courte et noire, des collants également noirs, je l'avais invitée chez moi, je n'avais pas très envie d'aller au restaurant, elle jeta un regard curieux sur la pièce avant de s'asseoir au fond du canapé, sa jupe était vraiment courte et elle s'était maquillée, je lui demandai si elle voulait boire quelque chose, un bourbon si tu as me dit-elle.

J'avais aussi acheté une pièce de tissu assortie, que j'avais jetée sur le canapé. Elle se retourna, s'agenouillant sur le canapé pour examiner les rideaux. Mais tu as toujours eu du goût. Elle se rassit sur le canapé pour me faire face.

Enfin on s'y est habitués, mais est-ce que c'est une bonne idée, au fond? Mais tu as des goûts littéraires raffinés : Mallarmé, Huysmans, c'est sûr que ça t'éloigne du macho de base. J'ajoute à ça une sensibilité féminine, anormale, pour les tissus d'ameublement. Par contre, tu t'habilles toujours comme un plouc. Un personnage de macho grunge, ça pourrait avoir une certaine crédibilité ; mais tu n'aimes pas ZZ Top, tu as toujours préféré Nick Drake. Bref, tu es une personnalité paradoxale.

L'agression dissimule souvent un désir de séduction, je l'avais lu chez Boris Cyrulnik, et Boris Cyrulnik c'est du lourd, un type à qui on ne la fait pas, au niveau psycho un mec à la coule, un Konrad Lorenz des humains en quelque sorte. D'ailleurs elle avait légèrement écarté les cuisses en attendant ma réponse, c'était le langage du corps ça, on était dans le réel. Je ne corresponds pas immédiatement à un profil de consommateur répertorié, c'est tout.

Un silence prolongé s'ensuivit, que je rompis, assez stupidement, en lui demandant comment se passaient ses études. Elle me regarda avec reproche avant de répondre que ça allait, qu'elle envisageait de faire un mastère d'édition.

Avec soulagement je pus bifurquer vers un sujet d'ordre général, qui d'ailleurs validait son plan de carrière : alors que l'économie française continuait à s'effondrer par pans entiers l'édition se portait bien, dégageait des bénéfices croissants, c'en était étonnant même, à croire que dans leur désespoir tout ce qui restait aux gens c'était la lecture. Que pouvais-je répondre à cela, c'était difficilement contestable. Par exemple mettons que tu aies raison sur le patriarcat, que ce soit la seule formule viable.

Il n'empêche que j'ai fait des études, que j'ai été habituée à me considérer comme une personne individuelle, dotée d'une capacité de réflexion et de décision égales à celles de l'homme, alors qu'est-ce qu'on fait de moi, maintenant?

Je suis bonne à jeter? Les sushis n'arrivaient toujours pas. Je me resservis un verre de bourbon, ça faisait déjà le troisième. Nick Drake continuait à évoquer de pures jeunes filles, d'antiques princesses. Et je n'avais toujours pas envie de lui faire un enfant, ni de partager les tâches ni d'acheter un porte-bébé kangourou.

Je n'avais même pas envie de baiser, enfin j'avais un peu envie de baiser mais un peu envie de mourir en même temps, je ne savais plus très bien en somme, je commençais à sentir monter une légère nausée, qu'est-ce qu'ils foutaient Rapid'Sushi merde?

J'aurais dû lui demander de me sucer, à ce moment précis, ça aurait pu donner une deuxième chance à notre couple, mais je laissai le malaise s'installer, augmenter de seconde en seconde. Les sushis arrivèrent quelques minutes après son départ. Il y en avait beaucoup. II Après le départ de Myriam, je demeurai seul pendant plus d'une semaine ; pour la première fois depuis que j'avais été nommé professeur, je me sentis même incapable d'assurer mes cours du mercredi. Les sommets intellectuels de ma vie avaient été la rédaction de ma thèse, la publication de mon livre ; tout cela remontait déjà à plus de dix ans.

Sommets intellectuels? Sommets tout court? À l'époque en tout cas je me sentais justifié. Je n'avais fait depuis que produire de brefs articles pour le Journal des dix-neuvièmistes, et parfois, plus rarement, pour le Magazine littéraire, lorsqu'il y avait une actualité correspondant à mon domaine d'expertise. Mes articles étaient nets, incisifs, brillants ; ils étaient généralement appréciés, d'autant que je n'avais jamais de retard sur les dates de remise.

Mais cela suffisait-il à justifier une vie? Et en quoi une vie a-t-elle besoin d'être justifiée? La totalité des animaux, l'écrasante majorité des hommes vivent sans jamais éprouver le moindre besoin de justification. Ils vivent parce qu'ils vivent et voilà tout, c'est comme ça qu'ils raisonnent ; ensuite je suppose qu'ils meurent parce qu'ils meurent, et que ceci, à leurs yeux, termine l'analyse.

Au moins en tant que spécialiste de Huysmans, je me sentais obligé de faire un petit peu mieux. Non que la vie de l'auteur ait une réelle importance ; c'est plutôt la succession de ses livres qui trace une sorte de biographie intellectuelle, ayant sa logique propre.

Dans le cas de JorisKarl Huysmans, le problème se posait évidemment avec une acuité particulière en ce qui concerne À rebours.

Comment, lorsqu'on a écrit un livre d'une originalité aussi puissante, qui demeure inouï dans la littérature universelle, comment peut-on continuer à écrire? La première réponse qui vient à l'esprit est bien sûr : avec la plus extrême difficulté.

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Et c'est en effet ce qu'on observe, dans le cas de Huysmans. En rade, qui suit À rebours, est un livre décevant, il ne pouvait en être autrement, et si l'impression négative, la sensation de stagnation, de décrue lente ne suppriment pas complètement le plaisir de lecture, c'est que l'auteur a eu cette idée brillante : raconter, dans un livre condamné à être décevant, l'histoire d'une déception. Ainsi, la cohérence entre le sujet et son traitement emporte l'adhésion esthétique, bref on s'ennuie un peu mais on continue à lire, alors qu'on sent bien que ce ne sont pas seulement les personnages qui sont en rade lors de leur désolant séjour à la campagne, mais aussi Huysmans lui-même.

On aurait presque l'impression qu'il tente un retour au naturalisme le naturalisme sordide de la campagne, où les paysans se révèlent encore plus abjects et cupides que les Parisiens s'il n'y avait ces récits oniriques qui, entrecoupant le récit, le rendent définitivement mal fichu et inclassable. Ce qui permit finalement à Huysmans, dès le roman suivant, de sortir de l'impasse, est une formule simple, éprouvée : adopter un personnage central, porte-parole de l'auteur, dont on suivra l'évolution sur plusieurs livres.

Tout cela, je l'avais clairement exposé dans ma thèse ; mes difficultés avaient commencé ensuite, parce que le point central de l'évolution de Durtal et de celle de Huysmans luimême , de Là-bas, dans les premières pages duquel il prononçait ses adieux au naturalisme, jusqu'à L'oblat, en passant par En route et La cathédrale, c'était la conversion au catholicisme. Il n'est évidemment pas facile, pour un athée, de parler d'une suite de livres ayant pour sujet principal une conversion ; de même, si l'on suppose quelqu'un qui n'aurait jamais été amoureux, auquel ce sentiment serait tout à fait étranger, il aurait certainement du mal à s'intéresser à un roman consacré à cette passion.

En l'absence de véritable adhésion émotionnelle, le sentiment qui s'imposait peu à peu à l'athée confronté aux aventures spirituelles de Durtal, à ces mouvements alternés de retrait et d'irruption de la grâce qui constituaient la trame des trois derniers romans de Huysmans, c'était malheureusement l'ennui. C'est à ce moment de mes réflexions je venais de me réveiller et je buvais du café, en attendant que le jour se lève qu'une idée extrêmement déplaisante me vint : de même qu' À rebours était le sommet de la vie littéraire de Huysmans, Myriam était sans doute le sommet de ma vie amoureuse.

Comment parviendrais-je à surmonter la perte de mon amante? La réponse était vraisemblablement que je n'y parviendrais pas. En attendant la mort il me restait le Journal des dix-neuvièmistes, la prochaine réunion avait lieu dans moins d'une semaine.

Il y avait la campagne électorale, aussi. Beaucoup d'hommes s'intéressent à la politique et à la guerre, mais j'appréciais peu ces sources de divertissement, je me sentais aussi politisé qu'une serviette de toilette, et c'était sans doute dommage.

Un candidat de centre-gauche était élu, pour un ou deux mandats selon son charisme individuel, d'obscures raisons lui interdisant d'en accomplir un troisième ; puis la population se lassait de ce candidat et plus généralement du centre-gauche, on observait un phénomène d'alternance démocratique, et les électeurs portaient au pouvoir un candidat de centredroit, lui aussi pour un ou deux mandats, suivant sa nature propre.

Curieusement, les pays occidentaux étaient extrêmement fiers de ce système électif qui n'était pourtant guère plus que le partage du pouvoir entre deux gangs rivaux, ils allaient même parfois jusqu'à déclencher des guerres afin de l'imposer aux pays qui ne partageaient pas leur enthousiasme.

La progression de l'extrême-droite, depuis, avait rendu la chose un peu plus intéressante en faisant glisser sur les débats le frisson oublié du fascisme ; mais ce n'est qu'en que les choses avaient commencé à bouger vraiment, avec le second tour de la présidentielle. La presse internationale, médusée, avait pu assister à ce spectacle honteux, mais arithmétiquement inéluctable, de la réélection d'un président de gauche dans un pays de plus en plus ouvertement à droite.

Pendant les quelques semaines qui avaient suivi le scrutin une ambiance étrange, oppressante, s'était répandue dans le pays. C'était comme un désespoir suffocant, radical, mais traversé çà et là de lueurs insurrectionnelles. Nombreux furent ceux, alors, qui optèrent pour l'exil. Un mois après les résultats du second tour, Mohammed Ben Abbes annonça la création de la Fraternité musulmane.

Une première tentative d'islam politique, le Parti des musulmans de France, avait avorté rapidement en raison de l'antisémitisme embarrassant de son leader, qui l'avait même conduit à nouer des liens avec l'extrême-droite. Tirant les leçons de cet échec, la Fraternité musulmane avait veillé à conserver un positionnement modéré, ne soutenait la cause palestinienne qu'avec modération, et maintenait des relations cordiales avec les autorités religieuses juives.

La candidate du Front national, comme celui de la Fraternité musulmane, l'agréèrent pour arbitrer leur échange, certainement le plus attendu de tous ceux qui précédaient le premier tour, parce que si le candidat de la Fraternité musulmane, en progression constante dans les sondages depuis son entrée en campagne, parvenait à dépasser celui du Parti socialiste, on aurait affaire à un second tour absolument inédit, et au résultat très incertain.

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Celle-ci, donc, jouait une très grosse partie — la plus grosse partie de sa vie, sans aucun doute. Le débat avait lieu un mercredi, ce qui ne me facilitait pas les choses ; la veille, j'avais acheté un assortiment de plats indiens micro-ondables et trois bouteilles de vin rouge ordinaire. Des masses d'air anticyclonique s'étaient durablement installées de la Hongrie à la Pologne, empêchant la dépression centrée sur les Îles britanniques de progresser vers le Sud ; sur l'ensemble de l'Europe continentale se maintenait un temps inhabituellement froid et sec.

Mes doctorants m'avaient pas mal fait chier dans la journée avec des questions oiseuses, du genre pourquoi les poètes mineurs Moréas Corbière etc. Leurs questions n'étaient pas désintéressées tant s'en faut, c'étaient deux doctorants maigres et méchants dont l'un avait envie de faire une thèse sur Cros, l'autre sur Corbière, mais en même temps ils ne voulaient pas se griller, je le voyais bien, ils guettaient ma réponse en tant que représentant de l'institution.

Bottant en touche je leur recommandai Laforgue, au statut intermédiaire. Pendant le débat en lui-même j'ai pas mal merdé, enfin c'est surtout mon micro-ondes qui a merdé, il a inauguré un fonctionnement nouveau tourner à toute vitesse, en émettant un son quasi subsonique, sans pour autant chauffer les aliments , ce qui fait que j'ai dû terminer mes packages indiens à la poêle, et que j'ai raté une grande partie des arguments échangés.

Mais, pour ce que j'ai pu en suivre, les choses se déroulèrent avec une correction presque excessive, les deux candidats à la magistrature suprême multipliaient les marques de déférence mutuelles, ils exprimèrent à tour de rôle un immense amour pour la France, et donnaient l'impression d'être à peu près d'accord sur tout.

Pourtant, dans le même temps, des affrontements éclataient à Montfermeil entre des militants d'extrême-droite et un groupe de jeunes Africains, qui ne se réclamaient d'aucune appartenance politique — des incidents plus sporadiques avaient eu lieu depuis une semaine sur le territoire de la commune, à la suite d'une profanation de la mosquée.

Un site Internet identitaire devait affirmer le lendemain que les affrontements avaient été très violents, et qu'on dénombrait plusieurs morts — mais le ministère de l'Intérieur démentit aussitôt l'information.

Comme à chaque fois, la présidente du Front national et celui de la Fraternité musulmane publièrent, chacun de son côté, un communiqué où ils se désolidarisaient avec vigueur de ces agissements criminels. Les médias avaient réalisé quelques reportages choc deux ans auparavant, quand s'étaient produits les premiers affrontements armés, mais on en parlait de moins en moins maintenant, tout ça semblait s'être banalisé.

Comme me l'avait expliqué un de mes collègues qui enseignait la littérature grecque, cette utilisation du mythe de Cassandre était au fond curieuse. Tombé amoureux d'elle, Apollon lui accorde le don de prophétie en échange de leurs futurs ébats.

Cassandre accepte le don, mais se refuse au dieu, qui, furieux, lui crache à la bouche, ce qui l'empêchera à jamais de se faire comprendre ni d'être crue par qui que ce soit.

Elle finira assassinée par Clytemnestre, non sans avoir prévu son meurtre, ainsi que celui d'Agamemnon, qui avait refusé de la croire. En somme, Cassandre offrait l'exemple de prédictions pessimistes constamment réalisées, et il semblait bien, à voir les faits, que les journalistes de centre-gauche ne fassent que répéter l'aveuglement des Troyens.

Il est probablement impossible, pour des gens ayant vécu et prospéré dans un système social donné, d'imaginer le point de vue de ceux qui, n'ayant jamais rien eu à attendre de ce système, envisagent sa destruction sans frayeur particulière.

Et, en me rendant le lendemain soir au cocktail trimestriel du Journal des dix-neuvièmistes, je savais déjà que les affrontements de Montfermeil susciteraient peu de commentaires, pas davantage que les derniers débats précédant le premier tour de la présidentielle, et beaucoup moins que les récentes nominations universitaires.

La soirée avait lieu rue Chaptal, au Musée de la vie romantique, loué pour l'occasion. J'aimais depuis toujours la place Saint-Georges, ses façades délicieusement Belle Époque, et je m'arrêtai quelques instants devant le buste de Gavarni avant de remonter la rue Notre-Dame-deLorette, puis la rue Chaptal.

Au numéro 16 s'ouvrait une courte allée pavée, bordée d'arbres, conduisant au musée. La température était douce et les doubles portes avaient été largement ouvertes sur le jardin, je pris une coupe de champagne avant de déambuler entre les tilleuls et très vite j'aperçus Alice, elle était maître de conférences à l'université de Lyon III, spécialiste de Nerval, sa robe de tissu léger imprimée de fleurs vives était sans doute ce qu'on appelle une robe de cocktail, les différences entre la robe de cocktail et la robe de soirée m'échappaient un peu à vrai dire mais j'étais certain qu'en toutes circonstances Alice aurait la robe appropriée, et plus généralement le comportement approprié, sa compagnie était très reposante, aussi n'hésitai-je pas à la saluer bien qu'elle fût en conversation avec un jeune type au visage anguleux, à la peau très blanche, vêtu d'un blazer bleu porté sur un tee-shirt du PSG, chaussé de baskets d'un rouge vif, l'ensemble était bizarrement assez élégant ; il se présenta à moi sous le nom de Godefroy Lempereur.

Alice posait sur nous ce regard à la fois affectueux et légèrement moqueur des femmes qui suivent une conversation entre hommes, cette chose curieuse qui semble toujours hésiter entre la pédérastie et le duel. Un coup de brise assez fort agita, au-dessus de nous, le feuillage des tilleuls.

À ce moment j'entendis très lointain, très vague, un bruit sourd qui ressemblait à une explosion. On pourrait croire, après un siècle ou deux, que les passions s'éteignent, qu'on accède en tant qu'universitaires à une sorte d'objectivité littéraire, etc.

Eh bien pas du tout. Huysmans, Zola, Barbey, Bloy, tous ces gens se sont connus, ont eu des relations d'amitié ou de haine, se sont alliés, fâchés, l'histoire de leurs relations est celle de la littérature française ; et nous, à plus d'un siècle de distance, nous reproduisons ces mêmes relations, nous restons toujours fidèles au champion qui a été le nôtre, nous demeurons prêts pour lui à nous aimer, nous fâcher, nous battre par articles interposés.

Ça prouve au moins que la littérature est une affaire sérieuse. Ce n'est pas vraiment mon cas. J'étais fasciné par Bloy quand j'avais vingt ans, fasciné par son intransigeance, sa violence, sa virtuosité dans le mépris et dans l'insulte ; mais c'était aussi, beaucoup, un phénomène de mode. Bloy, c'était l'arme absolue contre le XXe siècle avec sa médiocrité, sa bêtise engagée, son humanitarisme poisseux ; contre Sartre, contre Camus, contre tous les guignols de l'engagement ; contre tous ces formalistes nauséeux aussi, le nouveau roman, toutes ces absurdités sans conséquence.